Entretien avec Hassan Charraf, chef du département Développement à la Fondation Banque populaire pour la création d’entreprise et membre du CJD
Le Centre des jeunes dirigeants s’engage avec ses partenaires à accompagner les futurs auto-entrepreneurs par la mise en place des process en matière de formation et d’accompagnement. Treize mesures ont été soumises au gouvernement. Hassan Charraf nous donne plus de détails sur les revendications du CJD et également sur le développement l’auto-entrepreneuriat.
LE MATIN : Pouvez-vous nous détailler la perception du CJD du développement de l’auto-entrepreneuriat ?
Hassan Charraf : Devenir auto-entrepreneur présente de nombreux avantages sociaux, déclaratifs et fiscaux. En résumé, Le statut de l’auto-entrepreneur revendiqué par le CJD permet au jeune une affiliation à la CNSS et une validation des trimestres de retraite. Il permet également au jeune de s’acquitter forfaitairement de ses charges sociales et de son impôt sur le revenu, uniquement sur ce qu’il encaisse. S’il n’encaisse rien, il ne paie et ne déclare rien. Grâce au système de versement libératoire, il peut calculer très facilement son prix de revient. De plus, l’auto-entrepreneur tel que proposé par le CJD n’est pas soumis à la TVA ni à l’impôt sur les sociétés et il est exonéré de la taxe professionnelle pendant les premières années, à compter de la création de son activité. Enfin, l’auto-entrepreneur, version CJD, qui crée son activité, est dispensé d’immatriculation au registre du commerce et des sociétés, il n’est pas tenu de publication au bulletin officiel des annonces civiles et commerciales et il lui suffit de se déclarer sur Internet ou auprès d’un organisme spécialisé. De même, la cessation d’activité est soumise à des formalités simplifiées comme les charges sociales et les impôts qui sont réglés au fur et à mesure du chiffre d’affaires réalisé, rien n’est dû à la cessation de l’activité.
Ce statut revendiqué par le CJD pour les étudiants, les chômeurs, les retraités ou les salariés qui souhaitent n’être qu’auto-entrepreneur, leur permet de créer leur activité principale. Dès lors qu’ils sont déclarés comme auto-entrepreneur sur Internet, qu’ils respectent les seuils de chiffres d’affaires annuels, ils peuvent bénéficier de certains avantages que le CJD propose, comme par exemple le versement unique mensuel ou trimestriel qui règle les charges sociales et fiscales.
Ne croyez-vous pas que même si cette démarche contribue à cultiver l’esprit d’entreprendre chez les jeunes, le financement restera le plus grand frein, si on prend en compte l’échec de Moukawalati ?
Certes, comme vous l’avez souligné, le problème de l’accès au financement reste posé pour les jeunes qui souhaitent créer leurs entreprises. Néanmoins, faire le constat sans avoir une proposition intelligente c’est comme regarder dans le rétroviseur. Le CJD reste persuadé que la problématique de l’accès au financement devra être revue foncièrement pour oser proposer des outils de financement adaptés à la TPE, aux MRE, à la PME, tels que les Business angels, les fonds régionaux, les sociétés de capital risque qui «risquent» vraiment et le lancement de banques dédiées à la TPE. Le chemin est long mais nous sommes sur la bonne voie.
Les revendications des jeunes sont légitimes, certes, cependant, comment développer chez ces derniers la quête de la performance ?
Je voudrais revenir sur ce que c’est que la Jeunesse, compte tenu de ce qui se passe en ce moment un peu partout. La jeunesse n’est pas une période de la vie, c’est un état d’esprit, un effet de volonté, une qualité de l’imagination, une intensité de l’émotion, une victoire du courage sur la timidité, un goût de l’aventure sur l’amour du confort. Le jeune est celui qui s’étonne et s’émerveille. Il défie les événements et trouve la joie au jeu de la vie. Être jeune, c’est avoir la foi, la confiance en soi, et l’espérance. On reste jeune tant qu’on reste véritablement généreux, tant qu’on ressent de l’enthousiasme à donner quelque chose de nous, tant que le fait de donner procure l’impression de recevoir et donc toujours de devoir servir les autres. On reste jeune tant qu’on reste réceptif à ce qui est beau, bon et grand.
Une des solutions pour renforcer l’esprit de la performance chez les jeunes serait de développer chez ces derniers une auto-efficacité collective résiliente. Il faut leur fournir l’occasion de poser un geste pour le changement, de souligner le succès de cette action, de présenter des modèles significatifs de groupes qui ont réussi une action qui a permis de dépasser les contraintes, les clichés, les a priori, d’encourager la pensée positive ainsi que de développer leur pensée prospective et leur capacité de résolution de problèmes, etc.).
Il revient donc aux adultes et aux éducateurs de transmettre le sentiment d’espoir, l’esprit de dépassement et la quête de la performance, de susciter une confiance en les capacités et habiletés des jeunes et en les ressources qui les entourent, de penser à l’avenir et de favoriser une issue possible. Une des façons les plus efficaces de susciter cet esprit de quête de performance et d’espoir créateur est de mettre les jeunes en action. L’apprentissage se fait par l’action concrète qui permet aux jeunes de ressentir le pouvoir de changer les choses, de donner un sens à la vie, à leur vie.
Pourquoi les jeunes diplômés chômeurs boudent le secteur privé alors que ce dernier offre de nombreuses opportunités pour se construire une belle carrière ?
Je préfère remplacer le qualificatif «diplômés chômeurs» par «jeunes diplômés en quête d’emploi et d’employabilité». Cela permet de s’inscrire dans une logique de recherche de solution durable, intelligente et responsable. Ces jeunes continuent d’exprimer leurs espérances, et c’est légitime. Je pense qu’au lieu de chercher l’intégration directe dans la fonction publique, il est souhaitable de chercher un emploi, une expérience de vie, un espace de développement des compétences et des habiletés.
À mon avis, il y a une urgence à accompagner les jeunes par un effort pédagogique serein. Si la volonté d’intégrer la fonction publique peut s’expliquer par la peur d’être licencié au secteur privé, c’est qu’il faut, d’un côté, un double effort pour que chacun devienne excellent, mérite son emploi et crée de la valeur ajoutée et, de l’autre côté, que les pouvoirs publics créent plus d’emplois directs et indirects.
Si cette recherche de l’intégration dans la fonction publique peut s’expliquer aussi par le manque de stabilité dans le secteur privé c’est qu’il faut être créatif, inventif et créer son propre emploi, une TPE ou un commerce. Après tout, dans une économie de marché, la réalité du monde économique est que les emplois sont de plus en plus en diminution, les entreprises doivent être de plus en plus compétitives. Le capital humain formé, compétent, motivé et engagé permet à toute entreprise d’être dans la performance globale. Il n’y a pas ou plus de place pour des emplois fictifs ou sans valeur ajoutée.
Et l’État ?
Certes, l’État doit prendre sa responsabilité dans ce dossier pour les jeunes. Ces derniers doivent aussi savoir que la fonction publique n’est pas la seule solution. Il faut développer des mécanismes de dispense de formation, adaptés pour une reconversion réussie, et un redéploiement pour les intégrer dans le marché du travail ou les accompagner dans le développement de leurs projets. La création de nouveaux emplois passe par l’innovation et la créativité. À titre d’exemple, les jeunes diplômés en histoire peuvent très bien s’insérer dans des métiers liés au marketing des musées, aux voyages à thèmes, aux incentives et les jeunes diplômés en philosophie deviennent, par un effort de formation ciblée, des coachs de chefs d’entreprises dans les métiers de la sociologie de groupe, la gestion de l’interculturalité et de la diversité… Réfléchissons et soyons créatifs pour avancer ensemble.
Que conseillez-vous aux jeunes qui revendiquent aujourd’hui des changements ?
Réhabiliter l’espoir pour changer le monde… La pédagogie de l’espoir est à inventer par tous et pour tous, jeunes et adultes. L’époque dans laquelle nous vivons est marquée par l’imbrication de crises multiples et de problèmes majeurs qui souvent dépassent toue le monde. Il faut, par ailleurs, du courage pour vouloir changer le monde et, surtout, il faut y croire. Les jeunes y croient, croyons-y aussi et aidons-les à cultiver l’espoir d’un monde meilleur. «L’utopie, c’est la réalité de demain». Certains adultes croient détenir la vérité, les jeunes croient aussi qu’ils sont porteurs de solutions, entre les uns et les autres, un dialogue vrai, serein, durable est plus que nécessaire pour que, d’un côté, les jeunes puissent progresser et apprendre des adultes dans l’humilité et, d’un autre côté, les adultes puissent servir, aider, encourager les initiatives sans a priori. Évitons de tomber dans le piège du cynisme et réhabilitons l’espoir et la foi en des lendemains meilleurs pour tous !
Les mesures proposées par le CJD
- Instaurer et lancer, avant la Loi de finances 2012, le statut de l’Auto-entrepreneur, à même de libérer les énergies et les idées et de créer immédiatement des emploi – Mettre en place un impôt sur la succession, hors actifs productifs, en vue d’augmenter les recettes fiscales et de les affecter à des investissements productifs, de forte valeur ajoutée et de forte dimension technologique.
- Octroyer un bonus à la création d’entreprise dont les objectifs sont : capitaliser les TPE et PME, stimuler l’investissement et créer des emplois
- Généraliser aux niveaux des écoles, collèges, lycées, et universités, les bonnes pratiques de stimulation de l’esprit d’initiative et entrepreneurial, expérimentées et réussies par le CJD et d’autres partenaires.
- Mettre en place des fonds d’amorçages (national et régionaux) au profit des jeunes créateurs d’entreprises.
- Mettre en œuvre la mesure de recrutement des handicapés prévue par le code du travail avec des incitations fiscales appropriées dans le privé.
- Instaurer et veiller au respect du quota « marchés publics » pour les PME et TPE à même de les pérenniser et d’assurer l’employabilité des jeunes
- Repenser le système de formation continue, notamment les CSF, en vue de permettre au levier formation de développer le capital humain tout au long de la vie, gage de compétitivité des TPE et PME.
- Mettre en place les mécanismes nécessaires et encourager le rapatriement des fonds à l’étranger pour les réintégrer dans les circuits formels de l’économie au Maroc.
- Proposer une TVA sociale qui alimenterait un fond « perte d’emploi » et contribuerait ainsi à assurer un filet social pour tous.
- Instaurer le label « Performance globale : économique, sociale, sociétale » dans la gestion des affaires publiques et privées.
- Prendre les mesures nécessaires pour freiner la corruption : une transparence au service de la performance globale
- Réformer la caisse de compensation pour lui rendre sa fonction première : servir les plus faibles
Le CJD s’engage avec ses partenaires à accompagner les futurs auto-entrepreneurs par la mise en place des process en matière de formation et d’accompagnement.
Entretien réalisé par Nadia Dref | LE MATIN
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